Edito

Voyage au coeur des savoirs écologiques paysans

Vergers du Monde est une organisation reconnue d’intérêt général, qui s’engage pour la transmission et la valorisation des savoirs écologiques paysans à travers le monde.

Nous sommes convaincus que ces savoirs, forgés par l’observation attentive de la terre, de l’eau, des plantes et des animaux, sont essentiels pour penser une agriculture plus résiliente face aux bouleversements climatiques. Bien plus que des techniques, ils expriment des rapports au vivant ancrés dans des cultures, des gestes, des récits. À travers des rencontres entre agriculteurs d’ici et d’ailleurs lors de visites de fermes, l’expérimentation de jardins expérimentaux, et un programme de recherche en sciences sociales sur la circulation des savoirs agricoles, nous œuvrons à faire dialoguer les individus, les expériences et les façons de prendre soin de la terre, pour apprendre ensemble à cultiver autrement, en respectant ce qui nous nourrit.

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Le mot de la fondatrice

Nous sommes face à notre propre effondrement.

Pas celui des films de fiction, pas comme dans Interstellar ou World War Z. Nous n’emmènerons sans doute pas la Terre avec nous dans notre chute. La Terre, et les autres espèces qui y vivent, continueront probablement sans nous, comme elles l’ont toujours fait.

Mais pour nous, c’est imminent : la fin de nos civilisations est toute proche. Nous sommes au pied du mur de l'Anthropocène. C’est maintenant, et c’est déjà en train de se produire : nous sommes en train de mourir. Les systèmes brisés que nous avons construits semblent inenrayables et continuent de nous broyer. Et comme par une sorte de court-circuit mental, nous sommes incapables de relier les “dots” entre eux ; phénomènes météorologiques, cataclysmes, crises en série.

Je suppose qu’avec Vergers du monde, en essayant de rapporter la voix de celles et ceux qui, bon gré mal gré, arrivent encore à se « connecter » à la terre ; au sol, à la manière dont nos ancêtres y parvenaient, c’est une façon d’essayer de dire : non, la réponse ne sera pas une nouvelle technologie, ni un nouveau bouton sur lequel cliquer. L’innovation ne nous sauvera pas. Seuls les humains le pourront.

Le sujet principal, « l’éléphant dans la pièce », ce n’est pas de savoir quel nouveau progrès - désalinisation des océans, engrais de synthèse ou voyage sur Mars? - nous mettrons sur la table. C’est à propos de nous, et seulement de nous-même. Les humains ont réussi à vivre sur cette magnifique planète depuis des millénaires, malgré la rudesse des déserts, la pression des ravageurs, les variations du niveau de l’eau ou le mouvement des plaques tectoniques. On peut débattre des interprétations historiques ou anthropologiques, mais cela reste un fait : c’est ainsi que nous avons appris à habiter cette Terre.

Alors, cherchons l’inspiration ailleurs. Quelque part entre les paroles d’une grand-mère sénégalaise observant les variations du fleuve Sénégal, et les derniers agriculteurs du sud de la Chine qui écoutent encore le chant des oiseaux pour savoir exactement quand semer. Quelque part où la solution n’est pas un bouton promettant de nous faciliter la vie, mais plutôt une observation silencieuse de la manière dont tout autour de nous fonctionne, se relie, et fait respirer le vivant.

Car tout cela — la nature, l’eau, le sol — vit et meurt dans une mécanique qui dépasse notre volonté, et qui est infiniment plus grande que nous.